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Accueil / Compagnie / La légende
  • Tel le brouillard qui, se jouant des apparences, déforme avec malice l'aspect réel des choses, les événements vécus s'estompent peu à peu jusqu'à ne laisser place qu'à de vagues souvenirs. Dés lors, lentement, la fiction et la réalité se fondent en une savante alchimie dont seule la mémoire garde le secret. L'histoire devient alors légende, mais il n'est point de légende qui n'ait un fond de vérité... 

    Celle qui suit commença au printemps de l'an de grâce 1254.

    Cette année-là, après six longues années d'absence, le roi Louis IX, sur l'insistance de ses barons, quittait à contrecœur le port de Saint-Jean-d'Acre à bord de sa galée pour rejoindre son royaume de France.

    Parmi ses proches, Jehan, Seigneur de Sion, Duc de Méranie et grand sénéchal de son père, l'accompagnait dans cette traversée qui n'allait pas manquer de péripéties. En effet, outre un incendie rapidement maîtrisé et un écuyer " miraculeusement " sauvé de la noyade, le vaisseau du roi manqua d'un rien de faire naufrage en allant s'échouer sur les côtes de l'île de Chypre où l'on dut le renflouer.

    Louis IX, profondément troublé par ces incidents, vit là un avertissement du ciel qui s'opposait à son départ de Palestine. Sous la pression de ses conseillers et parce qu'il était conscient de ses devoirs, il dut pourtant se résoudre à regagner son royaume.

    Toutefois, avant de quitter son escale forcée, guidée par sa foi profonde, il confia à son ami Jehan, le soin de poursuivre sans lui une mystérieuse mission ; mission qu'il s'était pourtant résolu à abandonner provisoirement et pour laquelle il avait déjà sollicité son aide, sept ans auparavant...

    Cette entreprise secrète, que dissimulait la croisade, avait été longuement discutée à Cluny durant l'automne 1245, au cours d'une entrevue confidentielle entre le roi, sa mère Blanche de Castille et le Pape Innocent IV. Nul, autre qu'eux, n'en connaissait la teneur. Hélas, les avatars de la guerre et la longue captivité du souverain avaient gravement compromis ses desseins qui, à son grand désespoir, n'avaient pu aboutir faute de temps...

    Aussi le Seigneur Jehan de Méranie ne fut point surpris de la décision de son très pieux suzerain lorsqu'avant de quitter le port de Limassol ce dernier le persuada de rallier à nouveau la Terre Sainte pour poursuivre la quête qu'il lui confiait désormais.

    Et c'est ainsi qu'abandonnant à regret leur roi qu'ils n'allaient jamais plus revoir, Jehan, son épouse Dame Alix et leurs enfants embarquèrent sur le navire en compagnie de quelques valeureux et fidèles compagnons. Tous avaient déjà maintes fois partagé les aventures du Seigneur de Sion. Mais celle-ci allait les conduire bien au-delà de tout ce qu'ils auraient pu imaginer.

    Après plusieurs heures d'une traversée sans histoire, ils furent pris au milieu d'une effroyable tempête dont l'incroyable soudaineté n'avait d'égale que l'effroyable violence. Sur le pont du navire, ballotté comme un vulgaire fétu de paille, les nautoniers impuissants braillaient des ordres confus, couvrant à peine les cris et les râles des blessés, les hennissements des chevaux fous de terreur et les appels désespérés de ceux qui, emportés par d'énormes vagues, étaient précipités par-dessus bord.

    De sous le pont parvenaient les hurlements rageurs de Fenrhir le gare-loup, un hors-la-loi enchaîné à fond de cale avec quelques ribauds et dont le Seigneur de Sion avait la charge. Ce dernier ordonna que l'on descende sur le champ afin de briser leurs fers, leur laissant ainsi une chance d'échapper à une mort atroce. Aucune prière, aucune menace ne semblaient pouvoir apaiser la colère des cieux et dans les ténèbres, déchirées par d'aveuglants éclairs, chacun des passagers sut que sa dernière heure était arrivée. Enfin dans un sinistre craquement qui n'en finissait pas, la coque meurtrie se brisa avant de s'enfoncer lentement dans les profondeurs de la mer...

    Comme apaisée par cet ultime sacrifice, la tempête cessa aussi subitement qu'elle avait débuté et dans un angoissant silence qu'enveloppait la noirceur de la nuit, on n'entendit bientôt plus que les gémissements des survivants. Accrochés aux débris de l'épave, à demi nus, épuisés et meurtris ils sombrèrent tous peu à peu dans le sommeil ou l'inconscience...

    Par la suite, nul d'entre eux ne sut jamais vraiment expliquer ce qui se passa au cours du naufrage. 

    Séparés par les caprices du vent et des courants, ils dérivèrent longtemps avant de retrouver la civilisation et de comprendre enfin que cette nuit-là, un étrange et inexplicable prodige les avait précipités à plus de... sept siècles de chez eux, dans un monde qu'ils allaient trouver bien changé. 

    Contraint de s'adapter à ce nouvel univers, Jehan de Sion, Duc de Méranie, le Seigneur de Guerre, n'en poursuivit pas moins sa quête qui, depuis, l'a déjà conduit à travers toute la France et en particulier en Auvergne où il a rendu au château de Murol son âme et sa gloire d'antan, suscitant ainsi de nombreux émules...

    Chevaliers ou gentes dames, soldats ou artisans, s'ils ne font plus la guerre depuis longtemps, Jehan et ses compagnons, tous animés d'une même Foi, se battent désormais pour que survivent les vertus de cet idéal fait de loyauté, de respect et de droiture :
    L'idéal Chevaleresque !